Interview

"Bowiethon"

MORTAGNE, BENNY & BOWIE

En octobre 2002, Fred Mortagne et Benny Gonsolin (du shop Wall Street à Lyon), s’envolaient à la hâte pour New York afin d’assister à une série de concerts donnés par David Bowie dans chacun des arrondissements de la ville et dans des lieux improbables. Ça faisait quelques années que j’avais eu vent de cette histoire et je me disais qu’il faudrait la raconter un jour dans un magazine. Mais quand et comment ? Début janvier, l’annonce d’un nouvel album de Bowie me semble être le bon moment pour proposer l’article à Soma, la réponse positive de la rédaction arrive quelques jours plus tard, à l’annonce de sa mort… L’actualité nous avait définitivement rattrapé et je me rencardais avec les deux intéressés pour revenir sur l’influence de Bowie sur le travail de Fred mais aussi, grâce a lui, sur toute une génération de skateurs.

Interview par Martin Lacroix – Photos par Fred Mortagne

(c) Mortagne
(c) Mortagne

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Comment c’est parti ce trip à New York pour voir Bowie ?
Fred :
C’est moi qui ai lancé le truc…
Benny : Dans mon souvenir, Fred était à bloc de Bowie et savait que j’aimais bien aussi. Un lundi, il m’appelle et me fait : « Il y a Bowie qui passe à New York. Que dans des petites salles. Ça va s’appeler le “Bowiethon” il y en aura cinq en une semaine. Est-ce que t’es chaud ? » Moi j’étais au shop en train de bosser et je lui dis : « Ouais, ouais je suis chaud ». Mais, dans ma tête, je me disais que c’était pas possible que ça marche, c’était que des petites salles… Et il m’appelle deux heures après pour me dire : « bah il faut qu’on parte mercredi. ».

Pour toi Fred, dans ton souvenir, comment ça s’est passé ?
Fred :
J’avais vu Bowie pour la première fois à Nîmes et j’avais adoré. J’étais trop content et me suis dit que ça serait trop bien de le revoir. J’étais fan et je regardais le site hyper régulièrement. Et là, ils ont annoncé ce truc, Bowie va faire son marathon de New York, à l’occasion du (vrai) marathon de New York. Que dans des petites salles. Je n’étais jamais allé à New York, c’était l’occasion. J’étais à fond. Je me suis demandé qui je pourrais embarquer dans l’aventure ? Benny, direct ! Il aime Bowie, peut-être qu’il sera chaud ?

Comment tu as fait pour avoir des places ?
Fred :
J’ai vu ça un soir ou dans la nuit.
Benny : Ah non non non. C’était la journée car tu m’as appelé au shop.
Fred : Ah ouais ? T’es sûr ? Il me semblait que c’était la nuit. Du coup, je lui demande s’il est chaud mais que les places allaient sûrement être un peu chères. Dans les soixante-quinze dollars la place. Mais pour les endroits où il passerait, pour Bowie, on s’est dit que s’il y avait moyen d’avoir des places, on était chauds ! Quand ça a été mit en vente j’étais devant mon ordi, il fallait que je sois dans les premiers pour être au premier rang. Bien évidemment, comme c’était Internet, il y a eu quelques galères. Ça n’a pas marché tout de suite, mais j’ai réussi à avoir des places.

Et t’as réussi à en avoir combien ?
Fred :
En fait j’en avais pris plein d’autres en plus, en me disant que je pourrais inviter des gens. Donc j’ai pris quatre places pour chaque concert ! Deux pour nous et puis deux supplémentaires.

Ça avait dû te coûter une petite fortune à l’époque ?
Fred :
Ouais un peu. Mais je m’étais dit que pour les gens chez qui on allait squatter, je ne savais pas qui ce serait encore, ce serait un bon cadeau.

Et vous êtes parti dans la foulée…
Benny :
Oui, on a pris un avion un mercredi matin. On est arrivés à New York vers cinq ou six heures du soir et le premier concert était à vingt heures à Staten Island. Donc on était déjà bien dans le bain direct. Et là, première galère américaine…
Fred : Ce qu’il s’est passé, c’est qu’on a atterri à quelque chose comme quinze heures. Le plan c’était qu’on aille poser nos affaires à Manhattan chez Rob Pluhowski. Je ne le connaissais pas vraiment, mais on avait eu la possibilité de squatter chez lui et Anthony Pappalardo. Et en fait, lorsqu’on est arrivés pour passer la douane ça a été interminable. Il y avait deux heures et demie de queue. Donc on a perdu un temps pas possible.
Benny : Et Staten Island c’est… Loin !
Fred : Donc on est sortis de l’aéroport et là il pleuvait des cordes. Il était dix-huit heures, l’heure de pointe, alors on a décidé d’aller direct au concert.

Et vous étiez chargés j’imagine ?
Fred :
On avait des gros sacs à dos, mais ça allait. Du coup on est montés dans un taxi. J’ai montré l’adresse au chauffeur, mais il ne savait pas où c’était. À l’époque on n’avait pas de GPS. Alors il nous a dropés je ne sais plus où et on a marché sous une pluie battante. En fait, Staten Island c’est pas vraiment un quartier comme les autres. C’est une sorte d’ancienne université à la Grecque. C’est très aéré avec des parcs, donc il n’y a rien. Pas de shop. Rien du tout. On est arrivés trempés au concert et devant ils nous ont dit : « pas de consigne » ! On ne pouvait pas rentrer avec les sacs. Alors on a essayé d’expliquer qu’on était Français, qu’on sortait de l’avion, qu’on n’avait pas pu faire autrement et qu’on n’avait pas de solution. Les mecs n’ont pas voulu nous aider. Donc on a essayé de misèrer en demandant aux gens qui venaient voir le concert s’ils n’étaient pas venus en voiture pour qu’on puisse poser nos sacs. Personne n’a voulu nous aider. Il pleuvait toujours autant et moi j’avais mon appareil Hasselblad à 1500 €. On s’est demandé comment on allait faire et en même temps, il était hors de question de louper le concert. C’était juste pas possible !

Comment vous avez fait ?
Fred :
On a fait le tour de l’université. C’était désert. On a cherché un peu derrière des bâtiments pour voir si on ne trouvait pas des endroits discrets, et abrités, pour cacher les sacs. On a fini par trouver un abris sous une vielle plaque de bois avec des bâches. Alors on a pris le risque de les laisser là.
Benny : Et puis on a serré les fesses, croisé les doigts, on a tout laissé là et on est rentrés dans la salle juste avec nos passeports en poches.
Fred : Moi j’étais dégoûté car on s’est retrouvé au dernier rang alors que j’avais chopé les places hyper rapidement pour être devant comme c’était un concert assis. Dès que le concert a commencé plein de gens se sont levés et ont couru devant. Là on s’est faufilés et on s’est retrouvés à trois mètres de Bowie.

C’était comment ce premier concert ?
(Ils rient jaune)
Benny : Le concert, c’était super bien. Mais le souvenir que j’ai c’est qu’on stressait grave pour nos affaires, qu’on avait le décalage horaire dans les pattes et qu’on était archi morts. Donc le premier pour moi c’était pas le meilleur. Mais ça reste un souvenir de fou parce qu’on était dans un endroit tellement unique. Ce théâtre au milieu d’un grand parc, c’était magnifique. On n’a pas souvent l’occasion de voir des concerts dans ce genre d’endroit. Et en plus Bowie ! Le concert était chanmé, on était à New York et la galère était aussi bien que le concert.

Cette tournée était pour les albums Heathen et The Low. Il n’a joué que ça ou aussi des classiques ?
Benny :
Non il a joué de tout. Moi je me rappelle qu’il a joué pas mal de bons classiques.
Fred : C’était hyper varié. Et pour moi (le premier concert) c’était le meilleur concert qu’on ait fait parce que c’était le plus intimiste. On était à trois mètres de lui. Des fois, j’avais l’impression qu’il nous regardait et j’étais là : « aaaaaah ». Je me rappelle avoir bien kiffé.

Vous avez retrouvé vos affaires à la fin ?
F :
Ouais ! Le soir, on est arrivé chez Pluhowski, d’ailleurs je ne sais pas comment on a fait. On n’avait pas de téléphone. On a dû appeler d’une cabine je pense. Il fallait prendre le ferry pour rentrer. Et là on est arrivé avec les affaires trempées. Le sac trempé. Tout était trempé quoi ! J’avais mis mon appareil dedans, mais bon ça allait, je m’en suis servi tout le trip. J’ai shooté, shooté, shooté. Mais plusieurs semaines après il ne marchait plus… Il avait pris l’humidité et il avait rouillé de l’intérieur. J’ai essayé de le faire réparer mais il n’a jamais remarché. J’ai toujours dit qu’à cause de Bowie j’avais flingué mon « X-Pan », mais ça valait quand même le coût !

Benny l'touriste (c) Mortagne
Benny l’touriste (c) Mortagne

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Et les autres concerts ?
Benny :
Celui du Bronx, pour moi, il était incroyable. Déjà parce que c’était dans le Bronx et qu’à l’époque ça craignait quand même. Mais surtout, c’était dans un bar. On y était allé de nuit. On nous avait dit qu’il ne fallait pas s’écarter des rues car c’était chaud. Et dans le bar c’était assez fou comme ambiance. On était moins proches qu’à Staten Island, mais ça reste quand même dans un bar et les deux autres qu’on a faits c’était dans des salles de concerts bien plus classiques.

Il y avait combien de places dans ces salles ?
Fred :
Le premier à Staten Island c’était 300 personnes.
Benny : Et ceux de Brooklyn ou du Queens c’était 3000. Mais le premier et le dernier, au Jimmy’s dans le Bronx, dans mon souvenir, c’était vraiment petit.
Fred : Moi je ne me rappelle quasi que du premier. J’ai que des images du premier qui me reviennent car on était super proches.

Vous avez invité qui aux concerts ?
Fred :
Le premier soir, on était tout seuls. Le deuxième soir, j’avais pris des places en plus et il s’est trouvé qu’il y a même des places qui n’ont pas servi. Au dernier moment, on a essayé d’appeler Jason Dill, mais il n’a pas pu venir.
Benny : Il n’y a que Mike O’Meally et Rob Pluhowski qui sont venus.

Et l’ambiance de ces concerts était comment ?
Benny :
Je me rappelle d’une fille qu’on a rencontré qui était plus fan que Fred. Elle se faisait le même truc que nous mais elle avait déjà vu Bowie un paquet de fois. Elle avait l’air ultra, ultra fan. Donc je pense que dans ces concerts il y avait surtout des sur-fans. Quand tu sais que les places étaient chères et en nombre limité.

Quand tu vas voir quatre concerts à la suite, tu y vas avec le même enthousiasme à chaque fois ?
Fred :
Ouais mais après il y a certains concerts où j’ai été moins enthousiaste. Ça changeait tellement de Staten Island qui avait été super intimiste…

Et alors, le reste du temps, vous avez fait quoi ?
Benny :
On avait nos cruisers et on s’est vraiment baladés dans la ville. On n’a pris le métro vraiment que quand il pleuvait. Et puis on était chez des skateurs locaux qui nous emmenaient ou nous disaient où aller. Visiter en skate et pas en métro, c’est là que tu découvres vraiment la ville. On voyait des spots de partout.
Fred : Ouais et puis on est allés à B&H (NDLR : le supermarché new-yorkais de la photographie). On est allé à Adorama aussi avec O’Meally et Reda. Reda testait les appareils. Moi je n’y connaissais pas grand-chose et c’était la première fois que je voyais quelqu’un qui voulait acheter un appareil et qui le manipulait dans tous les sens et touchait tous les boutons. Il savait très bien regarder un appareil photo avant de l’acheter. Il disait même au vendeur quand il y avait des trucs qui n’allaient pas. C’était marrant.

(c) Mortagne
(c) Mortagne

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Bon, ça m’avait l’air bien calme quand même pour un trip de skaters à New York. Il n’y a pas une anecdote que vous auriez oublié de raconter ?
Benny : Pour les remercier (Pluhowski et Pappalardo) on avait apporté chacun une bouteille de planteur, la boisson favorite des Lyonnais (Ndlr : seuls les vrais savent). Du coup, le dernier soir, on les a sorties pour leur faire goûter. Évidemment, ils n’ont pas aimé, donc ils ont continué à la Bud Light et nous on s’en est bu un petit peu…
Fred : Mais surtout il y a William Strobeck qui a débarqué avec un space-cake maison. Moi je ne fumais pas du tout et je n’avais pas capté que c’était ça donc j’en avais mangé, mais j’avais rien senti.
Benny : Moi non plus je ne fumais pas et quand on a compris ce que c’était, j’ai dit « nique sa mère c’est notre dernier soir à New York : Space-cake quoi ! » Ensuite on est sortis dans un strip-club à Ground-Zero. Je passais devant les strip-teaseuses et je ne comprenais rien. Au retour, le space-cake plus le planteur, ça m’a fait comme dans un dessin animé. J’ai ma tête qui a commencé à chauffer et je me suis mis à vomir dans le taxi. Je vomissais orange le planteur et je voyais les buildings défiler.
Fred : Moi ça ne m’avait rien fait. J’étais complètement net alors que planteur plus le space-cake ça aurait dû… À chaque feu vert, le taxi démarrait à fond et il freinait d’un coup au rouge. Benny, il était trop mal à la fenêtre, il gémissait. Donc j’essayais de camoufler ça au chauffeur et je lui demandais surtout de conduire plus tranquille, mais il continuait. Pendant ce temps-là, Benny continuait de vomir par la fenêtre. Jusqu’au moment où il a vomi dans la voiture. Quand le chauffeur nous a arrêtés devant chez Rob, il a vu le carnage à l’arrière. Il s’est mis à gueuler et voulait qu’on lui paye le nettoyage. Du coup je me suis énervé et lui ai dit que c’était de sa faute. Qu’on lui avait dit de mieux conduire depuis le début et que ça avait été du manque de respect de sa part. Je lui ai filé dix dollars au lieu de vingt pour la course. Parce que le mec, il nous avait fait un peu peur, il conduisait vraiment comme un ouf. Donc tant pis pour lui, il allait nettoyer lui-même cette merde. Et on s’est vite barré…
Benny : Moi j’ai surtout le souvenir de vomir en voyant les buildings défiler et de les entendre glousser en se foutant de ma gueule.

Et alors pour toi Fred, ce trip tombe la même année que la sortie de la « Sorry ». Ce qui n’est peut-être pas si anodin car pour la part d’Arto Saari tu as utilisé « 1984 » et « Rock’n’roll Suicide ».
Fred : J’ai redécouvert Bowie à cette époque-là oui. J’avais déjà écouté plus jeune. C’était Jeff Berton (NDLR : Skateur lyonnais avec qui Fred a filmé ses premières parts, pour les vidéos du shop ABS, « Panic in Lyon » et « Fireworks », aux premières heures d’HDV) qui était à fond et m’avait proposé d’en mettre dans les vidéos de Lyon. Mais j’avais utilisé d’autres trucs… Et puis je connaissais un petit peu parce qu’il était devenu mondialement connu avec « Let’s Dance ». Et bref, quand on a filmé la vidéo Flip ça tournait tout le temps dans le van. « Ziggy Stardust », « Space Oddity » etc… Geoff était bien à fond, du coup ça m’a donné envie de réécouter et d’acheter les albums un par un. Progressivement en fait. Je les ai écoutés au fur et à mesure, dans l’ordre, et tant que j’aimais, j’achetais. Ça a duré jusqu’à l’album « Tonight » (NDLR : 16e album de Bowie datant de 1984) je crois. Après ça n’a plus trop marché (il se marre)… Mais à chaque fois je me suis dit que ça changeait de style et que ça faisait vraiment un voyage musical hyper large. Donc comme on en écoutait beaucoup dans les sessions, qu’Arto aussi était à fond, on garait le van à côté des spots et on laissait le son tourner.

En fait c’est la vraie bande-son du tournage de la vidéo…
Fred :
Ouais presque. On l’entend d’ailleurs dans les Behind The Scenes c’est vraiment la musique qui passait dans le van. Du coup, quand on a commencé à élaborer la bande-son de la vidéo on s’est tout de suite dit que si on le pouvait ce serait trop bien de mettre du Bowie.

Comment vous avez choisi du coup ?
Fred :
« Rock’n’roll Suicide » on s’était dit que c’était obligatoire. « 1984 » je sais que c’est plus moi qui l’ai suggéré et « Rock’n’roll Suicide » c’était probablement Geoff et Arto qui y avaient pensé. Je ne sais plus trop…

Benny : Ça n’a pas dû être facile en tant que fan de Bowie d’en choisir deux parmi toutes ?
Fred : C’est des trucs que tu essayes. Ça dépend du skateur. De son style. De sa vitesse de skate. Moi je crois que j’adorais « Starman » et que je voulais l’utiliser. Et puis on s’est rendu compte que ça ne fonctionnait pas. « Rock’n’roll Suicide » c’était beaucoup plus lent mais progressif et pour finir la vidéo c’était trop bien. Hyper puissant !
Ce qui est marrant c’est que depuis la mort de David Bowie plein de gens ont reposté la part d’Arto en disant que c’est comme ça qu’ils avaient connu Bowie et que ça les avait trop marqués. Du coup je me rends compte que ça avait vraiment marqué les gens. Enfin je savais que la vidéo Flip avait touché beaucoup de monde, mais pas comme ça.

Tu n’avais pas pensé que grâce à cette vidéo tu avais fait découvrir Bowie à toute une génération de skateurs ?
Fred : Non ! Parce que pour moi, Bowie avait déjà été dans d’autres vidéos. Dans la One-0-One (Falling Down 1993) je crois que c’était la première fois que j’ai réentendu Bowie et je trouvais que ça fonctionnait trop bien. Je crois que c’était l’intro de « Panic in Detroit ». Je trouvais ça super et je ne savais pas ce que c’était au début.
Benny : Sauf qu’il n’y a eu aucune vidéo de l’époque qui a eu autant d’impact que la Sorry.
Fred : Après, ce n’est pas que ça me surprend car je suis bien placé pour le comprendre. J’ai fait toute ma culture musicale grâce aux vidéos de skate. C’est juste que tu ne te rends pas compte de l’impact que ça a sur les gens parce que tu n’es pas en contact avec eux. Maintenant les réseaux sociaux permettent de plus t’en rendre compte. Avec les « Behind The Scenes » l’an dernier, je n’avais pas trop fait le calcul, mais ça tombe pile avec la nouvelle génération qui est sponsorisée aujourd’hui, tous les nouveaux, c’est la première vidéo qu’ils ont vue donc ils étaient trop contents de voir les archives. Ce sont ces mecs-là qui ont grandi avec cette vidéo, du coup j’ai eu beaucoup de super retours. Je l’ai fait pour ça d’ailleurs. Je savais que les gens seraient trop contents de voir les coulisses.

Comment Bowie t’as influencé en tant qu’artiste ? _
Fred :
Je n’y avais jamais réfléchi, mais Bowie s’est toujours renouvelé. Il faisait son truc et dès que ça devenait à la mode, il repartait de zéro et il faisait autre chose. Il a toujours quitté le navire quand il était au top. Et moi je me rends compte que j’ai toujours essayé de faire des trucs différents à chaque fois. Je n’ai jamais essayé de reproduire les mêmes choses même si dans mon style, il y a des choses récurrentes. Mais il faut toujours explorer de nouvelles voies. Surtout que le skate est toujours en mouvement. Ça change tout le temps et tu peux vite tomber dans le piège de refaire quelque chose qui a marché un moment mais qui ne correspond plus à l’époque. Aujourd’hui, je trouve que c’est encore plus dur. C’est difficile de savoir ce qu’il faut faire pour toucher les gens. Bowie s’est toujours questionné. Qu’est-ce que le succès ? Pour lui, ce n’était pas de vendre des disques. C’était de faire un disque dont il était content. Une œuvre. Un truc qui n’allait pas forcément marcher sur le moment… Il a toujours été dans l’époque mais un tout petit peu en avance donc parfois ça pouvait être mal perçu parce que les gens n’étaient pas prêts. Et par la suite tout le monde a toujours dit qu’il était trop en avance. Il ne faut jamais faire quelque chose en fonction du succès commercial sinon tu risques de faire de la merde car, oui ça va se vendre, mais ça ne durera pas dans le temps.

Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux on ne consomme plus les vidéos comme avant. On en matte une et on l’oublie aussi vite. Tu penses qu’il y aura encore des vidéos qui auront autant d’impact que celles que tu as pu faire ?
Fred :
J’espère que ça continuera de se faire. J’aimerais bien. Je pense que c’est toujours possible, mais il faut réussir à réunir tous les ingrédients et ce n’est pas facile.

Quels sont-ils les bons ingrédients pour une bonne vidéo ?
Fred :
Un bon skateur, des bons spots, de la créativité, un bon filming, un bon montage, de la bonne musique. Tout ! Il n’y a rien à négliger. Tout est important. C’est comme la cuisine, si tu oublies l’épice, la petite touche finale et bien c’est foiré.

(c) Mortagne
(c) Mortagne