LA BANDE DU SKATEPARK – SUITE ET FIN !

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Marion Gervais m’a contacté un jour pour me parler de son projet de documentaire sur une bande de skateurs. C’est le genre de coup de fil qui fait un peu peur, parce qu’on sait tous par expérience, ce que donnent les docs faits par des gens extérieurs au skateboard.
On a tous vu ce que ça peut donner quand Tracks ou ce genre d’émissions font un reportage sur le skate, on finit toujours par passer pour des bouffons… Mais Marion avait pris le soin de m’envoyer son précédent doc sur le parcours d’une fille qui s’installe comme agricultrice (pas grand-chose à voir avec le skateboard donc) et ça m’a tout de suite mis en confiance. Et puis, il n’était pas question là d’un doc sur le skateboard, le sujet, c’était les p’tits jeunes. Au final, je ne lui ai pas été d’une grande aide, mais elle m’a quand même permis de diffuser les épisodes sur le site de Soma. Même si j’avais adoré, je dois dire que je craignais un peu la réaction des internautes (oui, toi) mais il se trouve que la série a eu un succès fou et si j’en suis le premier surpris, je n’en suis pas moins heureux. Voici les deux derniers épisodes de la série produite par Quark prod, en attendant « le film » (on vous tiendra au courant) et une interview de Marion à propos de ses « p’tits gars »
(plus bas) :

(Les autres épisodes sont )

La bande du skate park 1×07 – ÊTRE LIBRE par IRLstories

La bande du skate park 1×08 – S’ENVOLER par IRLstories

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Soma : Comment as-tu rencontré la bande du skatepark ? Et qu’est-ce qui t’as intéressé chez eux ?
Marion Gervais : Il y en a quelques-uns que je connais depuis toujours, qui vivent dans le même village que moi. Je les ai vus grandir, je les ai vus changer et je me suis posé la question : « Quels hommes deviendront-ils ? ». Et les autres, c’est les copains du skate, les copains de collège. Ils se retrouvent au skatepark, c’est leur deuxième maison et ils ne se quittent jamais, ils sont tout le temps ensemble. Il y en a même qui disent qu’ils sont plus au skatepark que chez eux. C’est leur monde, leur histoire qu’ils construisent. C’est ça que je trouve extraordinaire. Il n’y a pas un adulte dans leur monde. J’ai eu de la chance, parce qu’ils m’ont quand même ouvert la porte de leur monde.

Oui, du coup ils se sont trimballés une adulte sur tout le temps du tournage, ça devait être curieux pour eux…
Oui mais, déjà je les aime très fort, et je m’étais bien positionnée, j’étais la filmeuse et ils étaient libres, j’étais pas dans l’interdit, ou dans la morale. Ils ont fait des trucs pas possibles et j’étais là, mais je n’intervenais pas. La seule chose que je leur ai demandée, c’est de ne pas se faire mal et pas de violence. Mais sinon, toutes les conneries de la terre, ils les ont faites et j’étais là… J’étais des leurs, ils m’ont acceptée.

Comment ont-ils réagi quand tu leur as présenté le projet ?
Au départ, ils ne savaient pas trop ce que ça voulait dire « faire un film sur eux », c’était un peu irréel et en même temps, ils étaient très excités par ça. Et puis je suis arrivée avec ma caméra, j’ai passé les premiers mois à les filmer en train de skater et puis ils ont commencé à beaucoup me donner, à beaucoup se confier, parce que ce qui m’intéresse c’est leur intériorité, donc c’est ce qu’on a commencé à explorer. Et puis, ils sont sept, donc il y en a qui en avaient parfois marre de la caméra. C’était un peu long pour eux. Alors je leur proposais des trucs qui les intéressaient, des petites choses comme leur payer un kebab qu’on allait manger au skatepark. La vie quoi, la vie à treize ans, chacun avec ses humeurs. J’étais extrêmement concentrée sur leurs faits et gestes et puis on avançait comme ça.
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Tu me disais que le tournage avait duré environ un an ?
Oui, c’est ça, à peu près.

Et ils étaient tous partants à la base ?
Ah oui, tous partants. Le moteur de tout dans la vie c’est l’envie, donc s’ils n’avaient pas voulu, ça n’aurait pas été possible.

Et leurs parents ?
J’ai établi une grande confiance avec eux. Déjà, ils connaissaient « Anaïs s’en va t’en guerre » donc ils connaissaient ma façon de raconter le monde et les êtres. Ils étaient donc rassurés, mais je les ai toujours tenus à distance.
J’appelais les sept parents pour leur dire : « on va faire ci, on va faire ça », mais je ne leur ai pas du tout ouvert la porte de notre monde. Ils n’ont jamais rien vu, je ne leur racontais jamais rien de ce qui se passait. Je ne voulais pas d’inquisition. C’est pas parce qu’ils étaient parents qu’ils devaient être tenus au courant de tout. Et puis, dans la bande de mes p’tits gars, il y en a pour qui la vie a été difficile, tu vois Louis par exemple, ses parents étaient très contents.

C’est celui qui est un peu plus grand que les autres, c’est ça ? Il est incroyable lui !
Oui, Louis, qui est brut de décoffrage. Il est super. Ses parents, et tous les parents, étaient fous de joie que leur enfant puisse vivre cette expérience extraordinaire. Je n’ai eu aucune réticence de leur part.

Parce que c’est pas anodin de faire ce type de film sur des enfants comme ça, ils auraient pu avoir quelques craintes.
C’est pas rien en effet d’accéder à l’intimité de p’tits gars de treize ans. C’est une responsabilité énorme de ma part. Ben m’a dit : « tu sais Marion, je n’avais jamais parlé de ma vie comme ça à personne », et tous m’ont dit ça…

Bein oui, à treize ans t’as pas encore de psy…
Ah ah, non ! Et puis tu ne parles pas de ce genre de choses, tu es tout en pudeur, surtout quand tu es en bande. Ils bouffent, ils skatent, ils font des conneries, ils parlent de skate, ils ne vont pas se parler de leurs blessures, ils sont trop fiers pour ça (rires).

Oui, ils sont bons, celui qui veut bien avoir une copine « mais pas pendant les vacances », m’a fait mourir de rire.
Ah ah, oui, ils sont terribles, je les aime vraiment.
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Moi qui ai commencé le skateboard au même âge qu’eux, je me suis vraiment reconnu dans cette série, j’ai revu ma bande de potes. C’est criant de vérité.
Oui, tu sais, c’était que du Live avec eux, il y avait quelques discussions que je provoquais pour qu’on aborde certains sujets parce que sinon ça partait dans tous les sens. Et à Barcelone, parce qu’il y en a quatre qui sont partis à Barcelone, c’était vraiment que du Live, même si j’ai toujours su ce que je cherchais, cette quête de liberté, leur intériorité, c’était très construit dans ma tête et je n’ai jamais lâché ce fil. Je les ai filmés à MACBA, à Universitat. Ils ne me parlaient pas, ils skataient. C’est pas dans les épisodes, je garde ça pour le film.

Et d’ailleurs, tu avais réussi à voir Charles là-bas ? (ndlr. Marion m’avait demandé si j’avais un contact à Barcelone pour la guider avec La Bande, et j’avais essayé de leur mettre Charles Collet dans les pattes.)
Non ! Mais tu sais, finalement j’ai laissé tomber cette idée. Il m’est apparu que je préfère que les évènements viennent à moi, me faire happer par la vie et les rencontres… Donc j’ai filmé les gars comme ça, dans les rues de Barcelone. Et du coup un soir, un mec qui skatait comme un dieu, une tête d’enfant avec des yeux verts, des cheveux bouclés blonds, un Brésilien : Gustavo. Un sublime skateur. Il est venu à nous, il a rencontré les gars, il a skaté une soirée avec eux, ils ont fait des descentes, c’était super. Tu les aurais vus…

Là tu te les aies mis dans la poche avec Barcelone…
Ha ha, mais ils ont bossé aussi pour ça. C’était leur rêve et c’est ce qui est beau, se dire à treize ans qu’on peut atteindre nos rêves, c’est génial. C’est la moindre des choses de rêver. On est de passage sur terre, rêvez les gars !

Ils ne vont plus te lâcher maintenant.
Ah là, on est soudés, c’est sûr !
skate et skateur